Toutes vos requêtes ne se valent pas. Il y a celles où l'on vous cherche par votre nom, celles où l'on cherche votre métier, et il y en a une troisième, plus rare et beaucoup plus coûteuse : celle où l'on cherche à vous remplacer.

« Je cherche une alternative à Qonto. » « Une alternative à Doctolib pour mon cabinet. » Ces questions ne passent pas par Google, donc elles n'apparaissent nulle part dans votre Search Console. Elles se posent directement à un assistant, qui répond par une liste de noms. Vous n'êtes pas dans la liste, par construction : c'est vous qu'on veut quitter.

La question intéressante n'est donc pas de savoir si vous pouvez gagner cette requête. C'est de savoir qui écrit la réponse, et avec quelles sources. Nous sommes allés le mesurer.

Le relevé : huit marques, 159 sources, vérifiées une par une

Le 26 août 2026, nous avons posé à Perplexity huit questions d'achat françaises de la forme « je cherche une alternative à X », sur huit marques installées de secteurs différents : Qonto (compte pro), Payfit (paie), Doctolib (prise de rendez-vous), Shopify (e-commerce), Salesforce (CRM), Swile (titres-restaurant), Mailchimp (emailing) et Indeed (recrutement).

Chaque réponse arrive avec la liste des URL réellement consultées. Nous en avons relevé 159. Puis, au lieu de nous arrêter au décompte, nous sommes allés ouvrir les pages en curl pour lire ce qu'elles disent vraiment. Le relevé complet a coûté 0,15 $ et une matinée.

Un mot sur la méthode, parce qu'elle est reproductible pour votre propre marque et que c'est l'essentiel de ce que vous pouvez en retirer. Interroger le moteur ne suffit pas : ce sont les pages citées qui contiennent l'explication. Nous avons d'ailleurs commencé par un faux positif, en comptant une URL SimilarWeb comme appartenant à Doctolib parce que la chaîne doctolib.fr apparaissait dans son chemin. Il faut comparer les noms de domaine, pas chercher une sous-chaîne dans l'URL.

Vous êtes absent de la requête qui vous concerne le plus

Premier résultat, le plus net de tous.

Sur les 159 sources citées, 4 appartiennent à la marque qu'on cherche à quitter. Soit 2,5 %. Trois marques sur huit apparaissent au moins une fois dans leur propre requête d'éviction : Qonto, Payfit et Indeed. Les cinq autres, dont Doctolib, Shopify, Salesforce et Mailchimp, sont totalement absentes des sources de la réponse qui organise leur remplacement.

Et les quatre exceptions n'en sont pas vraiment. Payfit est cité par sa page d'accueil, Indeed par deux pages de son propre site, une page d'offre de recrutement et une page de résultats d'annonces. Aucune des trois ne parle du sujet de la question. Elles servent au moteur à vérifier ce qu'est la marque, pas à défendre sa position.

Le cas de Qonto est plus intéressant. La source citée est une page du blog de Qonto intitulée « Comparatif des 10 meilleures alternatives à Shine ». Autrement dit, la page par laquelle Qonto attaque un concurrent est reprise comme source dans la réponse qui recommande de quitter Qonto. Et dans cette réponse, Shine est la première alternative recommandée.

Ce sont vos concurrents qui fournissent les sources

Si les 155 autres sources ne sont pas à vous, à qui sont-elles ? En partie à des comparateurs et des annuaires, ce à quoi on s'attend. Mais une part considérable appartient à des éditeurs qui vendent sur le même marché, et qui ont publié leur propre page « alternative à X ».

Le marché de la prise de rendez-vous médical est le plus frappant. Sur les 20 sources de la requête « alternative à Doctolib », 12 sont des pages publiées par un concurrent direct de Doctolib sur son propre site, émanant de dix concurrents distincts : Praticéo, GestionRDV, Panacée, GPS Santé, Abby, Docorga, HouseMed, Deiz, Medoucine, Alaxione. GPS Santé en fournit trois à lui seul, avec trois pages distinctes, concurrents-de-doctolib, alternative-doctolib et remplacer-doctolib.

Sur la requête « alternative à Shopify », le compte est du même ordre : 12 des 20 sources sont des pages d'éditeurs, dont celles de Wix, Squarespace, WiziShop, IONOS, Kinsta, Cocote, SiteW et E-monsite.

La conclusion intermédiaire est simple, et elle est plutôt encourageante : cette requête est accessible. On peut y entrer comme source en publiant une page. Beaucoup l'ont compris.

Mais publier la page ne suffit pas à être recommandé

C'est ici que le relevé devient utile, parce qu'il sépare deux choses que l'on confond en permanence : être cité comme source et être recommandé comme solution.

Les dix éditeurs cités sur la requête Doctolib ont tous réussi la première. Seuls quatre réussissent la seconde : Panacée, GPS Santé, Docorga et HouseMed sont nommés dans la réponse. Praticéo, GestionRDV, Abby, Deiz, Medoucine et Alaxione sont lus, cités en note de bas de page, et absents de la liste des solutions.

Sur Shopify, l'écart est plus violent encore : 12 éditeurs fournissent une source, 3 sont recommandés (Wix, Squarespace, WiziShop). Les neuf autres ont écrit une page qui a servi à construire une réponse dans laquelle ils n'apparaissent pas.

Publier sa page « alternative à » vous fait donc entrer dans la bibliographie. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas ce que vous cherchiez.

Ce qui sépare les deux, premier test : la corroboration

Nous avons cherché ce qui distingue les recommandés des simples cités. Sur le marché de Shopify, la réponse est nette. Nous avons récupéré les six pages tierces citées, celles qui n'appartiennent à aucun éditeur, et compté qui y est nommé.

Marque Recommandée Pages tierces qui la nomment (sur 6)
PrestaShop oui 5
Wix oui 5
WooCommerce oui 4
Squarespace oui 4
BigCommerce oui 4
WiziShop oui 1
IONOS non 1
Cocote, SiteW, E-monsite, Pixpa, Minea, Outfy, Tidio, Kinsta non 0

Les marques recommandées sont celles que quelqu'un d'autre nomme. Les huit éditeurs qui ne sont cités par aucune page tierce sont tous absents de la recommandation, alors qu'ils ont tous fourni une source. C'est exactement le mécanisme que nous décrivions à propos des sources tierces : votre page vous rend lisible, la mention extérieure vous rend crédible.

Deuxième test : dire un fait vérifiable sur vous

Le marché de Doctolib complique utilement ce tableau, et c'est pour cela qu'il vaut la peine d'être regardé. Panacée, Docorga et HouseMed sont recommandés alors qu'aucune des pages tierces récupérées ne les nomme. La corroboration extérieure n'explique donc pas tout.

Nous sommes allés lire leurs pages. Les quatre éditeurs recommandés ont un point commun : ils affichent un prix public pour leur propre produit, en toutes lettres, sur la page. HouseMed annonce 15 €/mois HT, Panacée 30 € TTC/mois, Docorga 54,90 € TTC, GPS Santé 59 € TTC/mois. Ces quatre chiffres se retrouvent tels quels dans la réponse de Perplexity, attribués à ces quatre pages.

À l'inverse, Alaxione ne mentionne aucun prix sur sa page, Abby n'en donne aucun pour lui-même, Praticéo non plus. Aucun des trois n'est recommandé.

Attention toutefois à ne pas en faire une règle mécanique : Deiz et GestionRDV affichent bien leur propre tarif et ne sont pas recommandés pour autant. Annoncer un fait vérifiable sur soi est une condition, pas une garantie. Ce que le relevé montre avec certitude, c'est qu'on ne trouve aucun recommandé qui ne l'ait pas fait.

Le cas Praticéo, ou comment offrir sa place

Un dernier détail vaut tous les raisonnements.

La page de Praticéo contient exactement un prix. Ce prix n'est pas le sien. C'est celui de Hellocare, un concurrent, présenté ainsi : « Tarif autour de 49,90 €/mois, mais sans commission par acte. »

Dans la réponse de Perplexity, Hellocare est recommandé, avec ce tarif de 49,90 €/mois, et la source citée pour cette information est la page de Praticéo.

Praticéo a écrit une page pour capter les clients qui quittent Doctolib. Le moteur l'a lue, en a extrait le seul fait précis qu'elle contenait, et s'en est servi pour recommander quelqu'un d'autre. La page a parfaitement fonctionné, pour Hellocare.

C'est la même mécanique que celle du blog de Qonto, à l'autre bout de la chaîne. Un moteur génératif ne lit pas votre page comme un argumentaire dont vous seriez le héros. Il la lit comme un jeu de faits attachés à des noms de produits, et il redistribue ces faits à qui de droit. Si le fait le plus précis de votre page concerne votre concurrent, c'est votre concurrent qui gagne.

Ce qu'il faut en faire

Quatre choses, dans cet ordre.

Mesurez la requête avant de la traiter. Posez la question « alternative à votre marque » aux moteurs sur lesquels vous êtes présent, et relevez les noms cités et les sources. C'est l'angle mort classique du suivi de visibilité : on surveille les requêtes où l'on veut apparaître, jamais celle où l'on veut empêcher les autres d'apparaître.

Lisez les pages de vos concurrents, pas seulement leur liste. Ce qui compte n'est pas qu'ils vous attaquent, c'est ce qu'ils affirment de vous. Sur le marché de Doctolib, plusieurs pages fixent le tarif de Doctolib à 149 € TTC/mois en citant sa propre grille. Ce chiffre circule maintenant sans lui.

Sur vos propres pages comparatives, chiffrez-vous. Si vous publiez une page « alternative à un concurrent », le fait le plus précis de la page doit porter sur votre offre : un prix public, un délai, un périmètre. Sans quoi vous documentez le marché pour tout le monde, comme Praticéo.

Travaillez la mention extérieure en parallèle. C'est ce que montre le tableau Shopify, et c'est la partie lente. Être présent dans les comparatifs tiers, les annuaires et les tests est ce qui transforme une citation en recommandation. Nous détaillons cette logique dans notre article sur le netlinking à l'ère des IA.

Les limites de ce relevé

Il porte sur un moteur, Perplexity, un jour donné, et huit questions. Un même prompt posé demain ne donnera pas exactement les mêmes vingt URL, et ChatGPT ne cite pas les mêmes sources que Perplexity sur une question identique : nos relevés précédents montrent qu'il privilégie les éditeurs là où Perplexity privilégie les comparateurs.

Ce qui est en revanche stable, parce que mesuré huit fois sur huit marchés sans exception, c'est la structure : la marque attaquée est absente des sources, et ses concurrents y sont nombreux. Les proportions bougeront. Le rapport de force, non.

Ce qu'il faut retenir

La requête « alternative à votre marque » est la seule sur laquelle vos concurrents rédigent le brief à votre place. Vous n'y êtes présent, dans notre relevé, que dans 2,5 % des sources, et souvent par accident.

Vous ne gagnerez pas cette requête, ce n'est pas son objet. Mais vous pouvez décider de ce qu'on y dit de vous, et surtout arrêter d'alimenter celle de vos concurrents. Cela commence par la mesurer.

Notre audit GEO couvre ChatGPT, Perplexity, Gemini et les AI Overviews de Google. Deux de ses six blocs portent exactement sur ce qui précède : la carte concurrentielle, qui liste les marques occupant votre espace de réponse et les sources qui les portent, et l'inventaire des sources tierces de votre secteur, qui indique lesquelles vous mentionnent déjà et lesquelles vous ignorent. Le panel de requêtes, lui, se construit avec vous au cadrage : si la question « alternative à votre marque » se pose réellement dans votre marché, c'est là qu'elle s'ajoute. Le suivi de visibilité IA prend ensuite le relais pour voir bouger cette liste dans le temps, et nous publions les fourchettes de prix des deux prestations.