C'est la question que pose tout responsable qui a déjà investi dans le référencement : mon classement Google me sert-il à être cité par les assistants, ou faut-il repartir de zéro ?
Les chiffres qui circulent sur ce sujet viennent tous d'études anglophones. Nous en avions rapporté trois dans notre article sur l'AI Mode de Google, qui se contredisent largement : SE Ranking mesure 14 % d'URL communes entre les sources de l'AI Mode et le top 10 organique, Moz environ 12 %, Semrush environ 35 %. Nous écrivions alors, en août, que personne ne disposait de mesure française. Nous avons donc fait la nôtre.
Elle ne porte pas sur l'AI Mode mais sur Perplexity, et elle compare les deux corpus dans les deux sens, ce que les études citées ne font pas. Les deux directions ne donnent pas du tout le même chiffre, et c'est précisément là que se trouve l'enseignement utile.
Le relevé : dix questions, deux corpus, 279 pages
Le 14 septembre 2026, entre 6 h 08 et 6 h 16 UTC, nous avons soumis dix questions françaises à Perplexity et à Google, avec exactement la même chaîne de caractères des deux côtés.
Les dix questions se répartissent en trois régimes : cinq questions de choix (quel fournisseur d'électricité verte, quelle plateforme e-commerce, quel CRM pour une PME, quel logiciel de facturation électronique pour une TPE, quelle borne de recharge à domicile), trois questions de mécanisme (comment fonctionne le prélèvement à la source pour un auto-entrepreneur, comment résilier une assurance habitation, comment déclarer une location meublée non professionnelle), et deux questions de prix (installation d'une pompe à chaleur, site internet vitrine).
Côté Perplexity, un passage par question sur le modèle sonar-pro avec recherche web activée, via l'API DataForSEO. Ce sont les annotations de la réponse qui donnent les URL. Résultat : 193 sources sur 141 hôtes distincts, pour 0,1387 $ au total. Côté Google, une requête SERP live par question, localisation France, langue française, poste de bureau, profondeur 10. Résultat : 86 résultats organiques sur 75 hôtes distincts, soit huit ou neuf par page seulement, l'encart IA, les questions associées et les blocs vidéo occupant le reste.
Deux conventions, à énoncer avant les chiffres. Nous appelons « cité » une URL présente dans les annotations de la réponse Perplexity, et « classé » une URL présente dans les résultats organiques de Google. Ce sont deux états distincts et nous ne les confondons nulle part. Et la comparaison se fait sur l'hôte plus le chemin, paramètres de requête retirés, www et slash final normalisés. Cette précaution n'est pas théorique : trois URL Google portaient un paramètre de suivi srsltid, et deux paires d'hôtes se ressemblent au point de tromper une lecture rapide. Sur la question facturation, Perplexity cite les-experts-comptables.fr quand Google classe www.experts-comptables.fr, qui est le site de l'Ordre : deux organisations différentes. Sur la question borne de recharge, Perplexity cite www.totalenergies.fr quand Google classe services.totalenergies.fr.
Seul le premier résultat organique est cité à chaque fois
Premier sens de lecture : sur les 86 résultats organiques relevés, combien Perplexity cite-t-il à l'URL près ?
Cinquante, soit 58,1 %. Cinq autres, soit 5,8 %, correspondent à un site présent au corpus mais par une autre page. Les 31 restants, soit 36,0 %, appartiennent à un hôte que Perplexity ne cite nulle part sur cette question.
Ce taux global cache une structure très nette quand on le ventile par rang.
| Rang organique Google | Questions où ce rang existe | Cité par Perplexity | Taux |
|---|---|---|---|
| 1 | 10 | 10 | 100 % |
| 2 | 10 | 7 | 70 % |
| 3 | 10 | 7 | 70 % |
| 4 | 10 | 4 | 40 % |
| 5 | 10 | 3 | 30 % |
| 6 | 10 | 5 | 50 % |
| 7 | 10 | 6 | 60 % |
| 8 | 10 | 5 | 50 % |
| 9 | 6 | 3 | 50 % |
Le premier résultat organique entre au corpus sans une seule exception sur les dix questions. Nous n'attendions pas un résultat aussi net sur un panel de cette taille, et il faut le prendre pour ce qu'il est : dix observations, pas une loi. Mais la marche entre le rang 1 et les rangs 4 et 5 est trop franche pour être du bruit. À partir du rang 4, un résultat sur deux ou sur trois seulement entre au corpus, et le rang cesse de prédire quoi que ce soit : le rang 7 fait mieux que le rang 5.
Autrement dit, le bénéfice de votre classement se concentre presque entièrement sur la première place. La deuxième et la troisième conservent un avantage. Au-delà, être quatrième plutôt que huitième ne change pratiquement rien à votre chance d'être cité.
Trois sources sur quatre ne viennent pas de la première page
Deuxième sens de lecture, et c'est celui qui renverse l'intuition. Sur les 193 sources que Perplexity a citées, combien sont classées dans le top organique de la même question ?
Cinquante, soit 25,9 %. Les 143 autres, soit 74,1 % du corpus, ne figurent pas dans la première page de Google pour la question à laquelle elles répondent.
Et ce n'est pas seulement une affaire de page : 122 de ces 143 sources, soit 63,2 % du corpus total, sont publiées sur un hôte qui n'apparaît pas une seule fois dans le top organique de la question. Les 21 autres viennent d'un site présent au classement, mais par une page que Google n'a pas retenue.
Les deux chiffres, 58 % et 26 %, ne se contredisent pas. Ils décrivent deux ensembles de tailles très différentes. Perplexity a mobilisé en moyenne 19 sources par question là où Google en affiche 9. Le moteur prend donc une grande partie de la première page, puis va chercher deux fois plus de pages ailleurs. Notre mesure française se situe entre les 14 % de SE Ranking et les 35 % de Semrush, ce qui est rassurant sur l'ordre de grandeur, même si le moteur mesuré n'est pas le même.
Nous sommes allés voir cinq pages plus loin
L'objection évidente : ces 143 sources sont peut-être simplement classées en onzième ou en quinzième position, et le recouvrement remonterait si l'on regardait plus loin. Nous avons donc repris deux questions et relevé les cinquante premiers résultats organiques au lieu des dix.
Sur la question borne de recharge, la moins recouvrante du panel, 49 résultats organiques ont été relevés. Sept des vingt sources de Perplexity y figurent, aux rangs 1, 5, 17, 21, 22, 34 et 42. Treize sur vingt sont absentes des cinq premières pages de Google, dont six sur des hôtes qui n'y apparaissent jamais : Leroy Merlin, Selectra, electricite.net, fournisseurs-electricite.com, gridlabs.fr et connaissancedesenergies.org.
Sur la question déclaration LMNP, 48 résultats organiques relevés, neuf des vingt sources présentes, aux rangs 1, 2, 3, 6, 10, 12, 13, 16 et 38. Onze sur vingt absentes.
Cumulées, ces deux vérifications donnent 16 sources sur 40 présentes dans les cinquante premiers résultats, donc 24 sur 40, soit 60 %, absentes des cinq premières pages de Google. L'objection ne tient pas : la majorité du corpus d'une réponse IA n'est pas un top 10 élargi, c'est un autre ensemble.
Deux questions ne font pas une preuve générale, et nous ne les présentons pas comme telle. Elles suffisent en revanche à écarter l'explication la plus simple.
Le même site, mais pas la même page
Les cinq cas où Google classe une page et Perplexity en cite une autre du même site méritent d'être regardés de près, parce qu'ils sont directement actionnables.
Sur l'électricité verte, Google classe septième la page « fournisseur électricité verte » de LeLynx, Perplexity cite la page « fournisseur électricité » du même site. Sur la borne de recharge, Google classe deuxième la page générale de Quelle Énergie, Perplexity cite sa page « meilleure borne de recharge », classée quant à elle au rang 34. Toujours sur la borne de recharge, Google classe septième le guide d'achat de Mister EV, Perplexity cite sa page de collection produits. Sur le prélèvement à la source, Google classe cinquième une fiche de l'Adie, Perplexity en cite une autre du même site, sur le même sujet. Même situation sur service-public.gouv.fr, où Google retient la fiche F23267 et Perplexity la fiche F36244.
Il y a là un enseignement que le comptage par domaine, pratiqué par la plupart des études, fait entièrement disparaître : votre site peut être au corpus sans que la page que vous avez travaillée y soit. C'est le prolongement de ce que nous avions mesuré sur la profondeur des pages citées, où trois pages citées sur quatre n'étaient liées depuis aucune page d'accueil. Le moteur choisit une page, pas un site, et il ne choisit pas la même que Google.
Une question à 22 %, une autre à 89 %
La moyenne de 58 % masque une dispersion considérable. Question par question, la part du top organique reprise par Perplexity va de 22 % à 89 %.
| Question | Organiques | Sources Perplexity | Top cité | Corpus dans le top |
|---|---|---|---|---|
| Résilier une assurance habitation | 9 | 17 | 89 % | 47 % |
| CRM pour une PME française | 8 | 20 | 88 % | 35 % |
| Prix d'un site internet vitrine | 9 | 20 | 67 % | 30 % |
| Logiciel de facturation électronique TPE | 8 | 20 | 62 % | 25 % |
| Fournisseur d'électricité verte | 9 | 20 | 56 % | 25 % |
| Prélèvement à la source auto-entrepreneur | 9 | 16 | 56 % | 31 % |
| Déclaration LMNP | 8 | 20 | 50 % | 20 % |
| Prix d'une pompe à chaleur | 8 | 20 | 50 % | 20 % |
| Plateforme e-commerce | 9 | 20 | 44 % | 20 % |
| Borne de recharge à domicile | 9 | 20 | 22 % | 10 % |
Par régime, les questions de mécanisme recouvrent le mieux : 65 % du top organique cité, contre 59 % pour les questions de prix et 53 % pour les questions de choix. L'écart va dans le sens attendu, une question de procédure ayant une bonne réponse là où une question d'achat en a plusieurs, mais il reste modeste comparé à l'écart entre deux questions du même régime : la résiliation d'assurance et la déclaration LMNP sont toutes deux des questions de mécanisme, et elles sont à 89 % et 50 %.
La conclusion pratique est de ne pas raisonner sur un taux moyen. Un chiffre calculé sur un panel d'une autre verticale que la vôtre ne vous dit rien de la vôtre. C'est la même leçon que nous avions tirée de la volatilité des réponses : la propriété mesurée appartient à la question, pas au moteur.
Ce que Google met dans son propre encadré
Une remarque de côté, qui est un indice et non une mesure. Sur les dix relevés SERP, l'AI Overview n'a été renvoyé dans son contenu qu'une seule fois, sur la question LMNP. Les neuf autres signalent un encart présent mais chargé de façon différée, donc non récupéré.
Sur cette unique observation, l'encart de Google cite sept références. Six des sept figurent dans les 48 résultats organiques de la même requête, aux rangs 3, 4, 5, 9, 13 et 35, dont quatre dans le top 10. La septième est un YouTube Short, absent de l'organique. Et surtout, deux seulement de ces sept références sont communes avec les vingt sources de Perplexity.
Une observation n'autorise aucune généralisation, et nous la donnons comme illustration. Elle va toutefois dans le même sens que ce que nous avions relevé en comparant deux moteurs sur les mêmes questions : les encarts de Google restent proches du classement de Google, les moteurs tiers s'en éloignent. Si cette asymétrie se confirmait sur un panel plus large, elle aurait une conséquence directe sur l'arbitrage budgétaire, le SEO classique payant beaucoup mieux sur les AI Overviews que sur un assistant externe.
Ce que ça change quand on arbitre entre SEO et GEO
Quatre décisions découlent de ces chiffres, dans cet ordre.
Traitez la première place organique comme un objectif GEO à part entière. C'est le seul rang dont le relevé montre un effet franc, et il vaut sur les dix questions. Sur une requête où vous êtes deuxième ou troisième, l'effort marginal pour passer premier a désormais deux justifications au lieu d'une.
Cessez d'attendre un effet de la quatrième à la huitième place. Entre ces rangs, notre relevé ne montre aucune progression exploitable. Le budget qui servirait à gagner deux rangs dans cette zone est mieux placé ailleurs, et notamment sur les pages tierces qui composent les trois quarts restants du corpus.
Vérifiez quelle page de votre site entre au corpus, pas seulement si votre site y entre. Cinq de nos 86 résultats montrent un décalage entre la page classée et la page citée. Un suivi par domaine ne le verrait pas, et vous continueriez à optimiser une page qui n'est pas celle que le moteur lit.
Refaites ce calcul sur vos propres requêtes avant d'arbitrer. La dispersion de 22 % à 89 % rend toute moyenne sectorielle inutilisable. La manipulation tient en une heure : prenez dix questions réellement posées par vos acheteurs, soumettez-les à un moteur génératif, relevez les URL citées, relevez en parallèle la première page de Google sur la même chaîne, et comparez hôte par hôte puis chemin par chemin.
Ce que ce relevé ne prouve pas
Il porte sur un seul moteur. Perplexity n'est pas ChatGPT, et notre relevé croisé du 3 septembre a montré que deux moteurs sur les mêmes questions ne partagent presque aucune source. Rien ici ne se transporte tel quel à un autre assistant.
Il porte sur un seul passage par question. Nous savons, pour l'avoir mesuré, que la même question posée dix fois peut basculer entre deux jeux de sources. Les taux publiés ici sont donc des points, pas des moyennes, et un second passage les déplacerait de quelques points dans un sens ou dans l'autre.
Il porte sur dix questions et un seul jour. Les taux par rang reposent sur dix observations chacun, ce qui suffit à voir une marche entre le rang 1 et le rang 5, pas à en publier la pente.
Enfin, le recouvrement n'est pas une causalité. Qu'une page soit à la fois première sur Google et citée par Perplexity ne prouve pas que le classement a causé la citation. Les deux systèmes peuvent simplement récompenser les mêmes propriétés de la page. Notre relevé mesure une coïncidence, pas un mécanisme, et la formulation prudente est la bonne : le classement est un bon indicateur, pas un levier démontré.
Ce qu'il faut retenir
Sur dix questions françaises posées le même jour aux deux systèmes, 58 % des résultats de la première page de Google sont cités par Perplexity, et seulement 26 % des sources de Perplexity sont dans cette première page. Le premier résultat organique est cité sur les dix questions sans exception ; à partir du quatrième rang, le classement ne prédit plus rien. Et 60 % du corpus vérifié en profondeur reste absent des cinq premières pages de Google.
La lecture opérationnelle tient en une phrase : votre SEO vous ouvre la porte sur une fraction de la réponse, et cette fraction est plus petite que ce que la première place laisse croire. Les trois quarts restants se jouent sur des pages que vous ne contrôlez pas et que Google ne vous montre pas.
Si vous voulez savoir laquelle de vos pages entre réellement dans le corpus de vos requêtes d'achat, c'est ce que produit un audit GEO : la liste des domaines que les modèles citent effectivement, requête par requête, avec le contrôle d'exactitude de ce qu'ils en disent. Nos fourchettes de prix sont publiques, audit et accompagnement.