Dans la Search Console de ce site, parmi les requêtes conversationnelles qui remontent depuis le printemps, il y a celle-ci, reproduite telle quelle : « entre getmint et meteoria, pour fr - geo - transactionnel, qui est le meilleur ? qui gagne ? », suivie d'un bloc de contexte donnant l'URL de l'entreprise et le marché visé. Une impression, position 81. C'est peu, et c'est précieux, parce que cette formulation est un type de question à part entière.
Nous avons documenté ailleurs la requête d'éviction, « je cherche une alternative à telle marque », et la requête d'évaluation, « évaluez telle entreprise sur tel critère ». La requête de duel est la troisième de la famille, et c'est la plus proche de l'achat : deux noms, un choix, maintenant. Un acheteur qui la pose a déjà fait le tri, il ne cherche plus à découvrir un marché, il cherche à trancher.
La question que nous nous sommes posée est simple : quand un moteur arbitre entre deux marques, sur les écrits de qui s'appuie-t-il ?
Le relevé : huit duels, deux ordres, 316 sources
Nous avons choisi huit paires de concurrents directs présents en France, sur huit marchés sans rapport entre eux : Qonto contre Shine sur le compte professionnel, PayFit contre Silae sur la paie, Swile contre Edenred sur les titres-restaurant, Doctolib contre Maiia sur la prise de rendez-vous médical, Alan contre Harmonie Mutuelle sur la mutuelle d'entreprise, Back Market contre Recommerce sur le smartphone reconditionné, Sellsy contre Axonaut sur le CRM avec facturation, BlaBlaCar Bus contre FlixBus sur l'autocar longue distance.
Chaque duel a été posé en français, dans une formulation d'acheteur : « Entre A et B, lequel choisir pour tel usage en France ? Lequel est le meilleur ? » Et chaque duel a été posé deux fois, en inversant l'ordre des deux noms, tout le reste étant identique. Ce point est le cœur du protocole et nous y revenons plus bas : c'est le seul moyen de savoir si le moteur compare deux marques ou s'il documente celle qu'on lui nomme en premier.
Les seize appels ont été faits le 7 septembre 2026 entre 13 h 35 et 13 h 41 UTC, sur Perplexity, modèle sonar-pro, recherche web activée, pour un coût total de 0,2567 dollar. Nous avons relevé pour chaque réponse les URL citées et le verdict rendu, puis comparé les sources au niveau du nom d'hôte.
| Relevé | |
|---|---|
| Duels | 8 |
| Appels (deux ordres par duel) | 16 |
| Occurrences de sources citées | 316 |
| URL distinctes | 205 |
| Hôtes distincts | 145 |
| Sources appartenant à un des deux protagonistes | 31 |
| Marques du panel à zéro source | 6 sur 16 |
Neuf sources sur dix n'appartiennent à aucun des deux
Voici le résultat principal. Sur les 316 sources citées à travers les seize réponses, 31 appartiennent à l'une des deux marques dont il est question, soit un peu moins d'une sur dix. Les 285 autres sont écrites par des gens qui ne vendent ni l'un ni l'autre.
Le détail par marque, tous ordres confondus :
| Marque | Sources lui appartenant | Marque | Sources lui appartenant |
|---|---|---|---|
| Qonto | 7 | Shine | 2 |
| Sellsy | 5 | Axonaut | 2 |
| Recommerce | 5 | Alan | 1 |
| Harmonie Mutuelle | 4 | Edenred | 1 |
| PayFit | 3 | Maiia | 1 |
| Silae | 0 | Swile | 0 |
| Doctolib | 0 | Back Market | 0 |
| BlaBlaCar Bus | 0 | FlixBus | 0 |
Ce n'est pas une surprise en soi : nous avons déjà mesuré que la moitié de ce qu'un moteur dit d'une marque ne vient pas de son site. Ce qui est nouveau ici, c'est le contexte. Sur une requête de découverte, on comprend que le moteur aille chercher des tiers, puisqu'il doit constituer une liste. Sur un duel, les deux noms sont donnés, le moteur sait exactement de quoi il parle, et il va quand même chercher ailleurs à neuf reprises sur dix.
L'explication tient dans le type de page qu'il ramène. Sur les 205 URL distinctes du relevé, 70, soit une sur trois, portent un motif de comparaison dans leur chemin : payfit-vs-silae, qonto-ou-shine, axonaut-vs-sellsy, shine-vs-qonto. La requête de duel ne ramène pas des pages sur A et des pages sur B, elle ramène des pages « A contre B », qui sont un format éditorial à part entière, produit par des comparateurs, des cabinets comptables, des blogs d'affiliation et des intégrateurs.
Six marques sur seize n'existent pas dans leur propre duel
C'est le chiffre qui devrait retenir l'attention d'un directeur marketing. Silae, Swile, Doctolib, Back Market, BlaBlaCar Bus et FlixBus ne fournissent aucune source, dans aucun des deux ordres, sur le duel qui les concerne. Zéro sur 316 emplacements.
Ce ne sont pas des marques obscures. Doctolib est la référence de son marché en France, Back Market est l'acteur dont tout le monde cite le nom quand on parle de reconditionné, Silae est le logiciel de paie historique des cabinets comptables. Le moteur les recommande, parfois chaudement, et il ne le fait jamais en s'appuyant sur une de leurs pages.
Le cas de Swile et Edenred est le plus démonstratif, parce qu'ils sont absents tous les deux. Sur la question « entre Swile et Edenred, lequel choisir pour les titres-restaurant de mes salariés », vingt sources, aucune n'appartient à l'un ou à l'autre. En revanche, quatre des vingt appartiennent à Ekip, un troisième émetteur de titres-restaurant qui n'est pas dans la question et que la réponse ne recommande pas. Ekip publie une page « Swile ou Edenred », une page de benchmark des émetteurs, un guide complet du marché, et ces pages fournissent au moteur la matière de son arbitrage entre deux concurrents dont il n'est pas.
C'est la mécanique déjà observée sur les requêtes d'éviction, poussée un cran plus loin. Là, un concurrent écrivait la page « alternative à » qui servait à le recommander. Ici, un troisième acteur écrit l'arbitrage entre deux autres et n'en tire pas de recommandation directe, seulement le fait d'être la source. Ce sont deux positions différentes et il faut savoir laquelle on vise.
Aucun des quinze robots.txt lisibles ne nomme le moteur
L'objection arrive toujours à ce stade, et il faut la traiter avant d'aller plus loin, parce qu'elle sert d'explication de confort. Nous sommes donc allés lire le robots.txt des seize marques du panel le même jour.
Quinze fichiers sur seize sont lisibles. Le seul qui ne l'est pas est www.blablacar.fr, qui répond 403 à une requête curl avec un en-tête de navigateur. Deux pièges de collecte, à noter pour qui refait la manipulation : silae.fr/robots.txt redirige vers la page d'accueil et sert du HTML, le vrai fichier est sur www.silae.fr et il autorise tout ; et swile.com ne résout pas, le domaine réel de Swile est swile.co, dont le fichier tient en deux lignes et autorise tout.
Aucun des quinze fichiers ne nomme PerplexityBot ni Perplexity-User. Zéro occurrence, recherche insensible à la casse, sur les quinze. Or un robot non nommé est autorisé. L'absence de ces six marques dans leur propre duel n'est donc pas une décision technique, pas plus que celle des constructeurs dans notre relevé automobile.
Un seul fichier du panel nomme des agents de moteurs génératifs, et c'est pour les autoriser : recommerce.com déclare GPTBot, Google-Extended et CCBot dans un groupe Allow: /, tout en bloquant Amazonbot. Deux autres nomment un robot d'entraînement sans rapport avec la recherche générative : doctolib.fr autorise Meta-ExternalAgent avec des restrictions de paramètres, harmonie-mutuelle.fr bloque Bytespider et SemrushBot. Tout le reste du panel n'a qu'un groupe User-agent: *.
Il faut être précis sur ce que cela prouve. Recommerce est aussi la marque la mieux représentée de son duel et celle que le moteur recommande dans les deux ordres, mais Perplexity n'est pas nommé dans son fichier, donc son autorisation explicite n'explique pas ses citations. Ce que l'on peut dire, c'est que la seule marque du panel à avoir une politique d'accès écrite pour les IA est aussi celle qui gagne son duel. Une corrélation sur seize cas, rien de plus.
Inverser les deux noms change le corpus
Passons au second volet du protocole. Chaque duel a été posé deux fois, en inversant l'ordre des deux marques dans la phrase. Si le moteur comparait deux entités, l'ordre ne devrait rien changer.
| Duel | Sources ordre A | Sources ordre B | URL communes | Recouvrement |
|---|---|---|---|---|
| PayFit / Silae | 19 | 19 | 17 | 81 % |
| Qonto / Shine | 20 | 20 | 17 | 74 % |
| Back Market / Recommerce | 20 | 20 | 17 | 74 % |
| Sellsy / Axonaut | 20 | 20 | 17 | 74 % |
| BlaBlaCar Bus / FlixBus | 20 | 20 | 17 | 74 % |
| Swile / Edenred | 20 | 20 | 15 | 60 % |
| Doctolib / Maiia | 19 | 19 | 11 | 41 % |
| Alan / Harmonie Mutuelle | 20 | 20 | 0 | 0 % |
Sur sept duels, le corpus est stable dans l'ensemble mais jamais identique : entre trois et onze sources changent selon l'ordre, ce qui suffit à faire entrer ou sortir une marque de son propre dossier. Sur les titres-restaurant, la page d'Edenred sur les commissions n'apparaît que dans l'ordre qui nomme Edenred en premier. Sur la prise de rendez-vous, la page d'accueil de Maiia n'apparaît que dans l'ordre qui nomme Maiia en premier. Dans les deux cas, la marque doit son unique source du relevé à la place de son nom dans la phrase de l'acheteur.
Le verdict bouge aussi, sans que le sens de la bascule soit constant. Sur Sellsy et Axonaut, l'ordre qui nomme Sellsy en premier conclut que « Sellsy est le meilleur choix CRM » ; l'ordre inverse écrit que « pour une PME française classique, Axonaut est souvent le meilleur choix ». Sur Doctolib et Maiia, c'est l'inverse : nommer Maiia en premier produit la réponse la plus favorable à Doctolib, la seule des deux à désigner un gagnant général. Il n'y a donc pas de prime mécanique au premier nom cité, mais il y a un effet, et il porte sur ce qui décide.
Le duel où les deux réponses ne partagent aucune source
Le huitième cas mérite sa section, parce qu'il montre le mécanisme à l'état pur.
« Entre Alan et Harmonie Mutuelle, lequel choisir pour la mutuelle santé de mes salariés en France ? » Vingt sources. Les vingt portent sur Alan. Aucune ne porte sur Harmonie Mutuelle. Le moteur le dit lui-même dans sa réponse : il n'a pas assez d'éléments comparables sur Harmonie Mutuelle pour déclarer un vainqueur.
La même question, avec les deux noms inversés. Vingt sources. Les vingt portent sur Harmonie Mutuelle. Aucune ne porte sur Alan. Et le moteur écrit à nouveau, symétriquement, que ses résultats de recherche ne contiennent pas de données comparables sur Alan.
Aucune des vingt URL du premier appel n'apparaît dans le second. Zéro sur quarante. Deux hôtes seulement sont communs aux deux corpus, opinion-assurances.fr et green-opinion.com, et encore, sur des pages différentes. Sur ce duel, le moteur n'a pas comparé deux mutuelles : il a documenté celle qu'on lui a nommée en premier, deux fois, dans deux directions opposées, et il a refusé de trancher les deux fois. Un acheteur qui pose la question dans un sens et son collègue qui la pose dans l'autre lisent deux dossiers disjoints.
Ce qui remplit ces dossiers mérite un mot. Dans la réponse consacrée à Harmonie Mutuelle, huit des vingt sources sont des avis d'employés, cinq sur Glassdoor et trois sur Indeed. La réponse en tire des notes chiffrées, 3,8 sur 5 avec 75 % de recommandations, 3,2 sur 5 sur 410 avis, et les présente dans une décision d'achat de complémentaire santé. Ce sont des salariés de l'assureur qui notent leur employeur, pas des entreprises clientes qui notent un contrat. Le moteur ne fait pas la différence, parce que rien dans le corpus disponible ne la lui donne.
Le moteur recommande un service qui ferme
Dernier constat, sur le duel des autocars, et il vaut avertissement pour tout marché qui bouge.
Les deux réponses recommandent FlixBus par défaut et invitent à choisir BlaBlaCar Bus si son tarif est meilleur sur la ligne visée. Or, dans le premier appel, le moteur cite un article de connexionfrance.com intitulé « BlaBlaCar's intercity coach service to shut in France », et dans le second, une page de ulysse.com dont le titre affiché en tête d'article est « BlaBlaCar Bus ferme avant fin 2026 : FlixBus en monopole cet été, prix en hausse jusqu'à +50% ». Nous avons ouvert cette page le jour du relevé : elle répond 200, et elle écrit que « le 21 avril 2026, BlaBlaCar a confirmé l'arrêt progressif de BlaBlaCar Bus d'ici la fin de l'année ».
Le moteur a donc cité, dans les deux sens, une source qui annonce la disparition de l'un des deux concurrents, et il a quand même conseillé de comparer les deux. Un détail de la page explique une partie du phénomène : la balise <title> de l'article d'Ulysse est « BlaBlaCar Bus, FlixBus : prix et alternatives été 2026 », qui ne dit rien de la fermeture. Le fait est dans le corps, pas dans le titre. C'est exactement le mécanisme décrit dans notre article sur la fraîcheur des contenus : une information peut être servie, indexée, citée, et rester inutilisée si elle n'est pas au bon endroit de la page.
Refaire ce relevé sur votre marché
La manipulation demande une heure et coûte moins d'un euro. Elle est plus utile qu'un tableau de bord d'outil, parce qu'elle porte sur la question exacte où se décide une vente.
Écrivez vos duels réels. Pas les concurrents que votre direction cite en réunion, ceux que vos commerciaux entendent en fin de cycle. Trois à cinq paires suffisent. Formulez-les comme un acheteur, avec l'usage précis et le pays.
Posez chaque duel deux fois, en inversant l'ordre des deux noms. C'est la moitié du travail et la moitié de l'information. Sans l'inversion, vous prendrez un artefact de formulation pour un jugement du moteur.
Relevez les URL citées et comparez les noms d'hôte, jamais une sous-chaîne d'URL. Dans notre relevé, www.trustpilot.com/review/www.doctolib.fr contient doctolib.fr dans son chemin sans appartenir à Doctolib : compté à la légère, il aurait suffi à faire mentir la ligne « Doctolib, zéro source ».
Classez chaque source en trois colonnes : elle appartient à l'une des deux marques, elle appartient à un concurrent qui n'est pas dans la question, elle appartient à un tiers. Vous verrez immédiatement qui écrit l'arbitrage sur votre marché, et si ce quelqu'un vous vend quelque chose.
Notez enfin les pages « A contre B » qui existent déjà. Elles sont la matière première de la réponse. Savoir qu'elles existent, savoir ce qu'elles disent de vos prix et de vos limites, c'est la seule façon de discuter d'un verdict qui se rendra sans vous.
Ce qu'il ne faut pas en conclure
Huit duels, seize appels, un seul moteur, six minutes de collecte : c'est un panel, pas une loi. Nous avons montré ailleurs que la même question répétée à l'identique peut basculer entre deux jeux de sources sans qu'on change un mot, et les chiffres exacts de ces tableaux seraient différents demain. Ce qui a de bonnes chances de tenir, c'est l'ordre de grandeur, pas la décimale.
Le recouvrement nul du duel des mutuelles est le cas extrême du panel, pas le cas courant. Sept duels sur huit gardent entre 41 % et 81 % de sources communes entre les deux ordres. La bonne lecture n'est pas « l'ordre des noms détermine la réponse », elle est « l'ordre des noms suffit à faire entrer ou sortir votre site du dossier, et parfois à en changer entièrement ».
Nous n'avons pas testé les autres moteurs. ChatGPT et Perplexity construisent leurs corpus différemment, nous l'avons mesuré question par question, et rien ici ne permet de déduire ce que ferait Gemini ou un AI Overview sur un duel. Un relevé à un moteur dit ce qu'il dit.
Enfin, il ne faut pas en conclure qu'il suffit de publier une page « nous contre notre concurrent ». Qonto en publie quatre, elles sont bien citées, et le verdict du moteur reste favorable à Shine sur le segment demandé. Publier vous fait entrer dans le corpus, ce qui n'est déjà pas rien : cela ne vous fait pas gagner. Nous avions mesuré la même distinction sur les annuaires et comparateurs, qui fournissent la moitié des sources d'une réponse et presque aucun nom recommandé. Être cité et être choisi restent deux choses différentes.
Si vous voulez savoir ce qu'un assistant répond quand un acheteur vous met en face de votre concurrent, la chose à mesurer n'est pas votre position mais la carte des sources qui portent la réponse. Un audit GEO interroge ChatGPT, Perplexity, Gemini et Google en mode AI Overviews sur un panel de vos requêtes réelles, plusieurs fois et à quelques jours d'intervalle, et livre deux choses utiles ici : la carte concurrentielle, c'est-à-dire les marques qui occupent votre espace de réponse et les sources qui les portent, et la liste des domaines que les modèles citent effectivement sur vos requêtes, en indiquant lesquels vous mentionnent déjà et lesquels vous ignorent. L'inversion des deux noms décrite dans cet article est ensuite une colonne de plus dans ce relevé, que vous pouvez ajouter vous-même. Nos fourchettes de prix précisent ce que couvre chaque niveau d'intervention.