Un avocat lyonnais paie pour sa fiche Justifit. Une agence immobilière montpelliéraine paie pour son classement Meilleurs Agents. Une agence de communication lilloise paie son abonnement Sortlist. Dans les trois cas, l'argument commercial est le même depuis quinze ans : l'annuaire est bien référencé, donc vous l'êtes à travers lui.
Cet argument est vérifiable sur Google. Il ne l'est pas sur un assistant, parce que personne n'a regardé ce que les moteurs génératifs font réellement de ces pages. C'est ce que nous sommes allés mesurer.
Le relevé : huit questions d'achat, 160 sources
Nous avons posé le 27 août 2026 huit questions à Perplexity, en français, via l'API DataForSEO, modèle sonar-pro avec recherche web active. Toutes ont la même forme : un besoin précis, une ville, et une demande explicite de recommandation nominative.
| Question | Métier | Ville |
|---|---|---|
| Contester un licenciement | Avocat en droit du travail | Lyon |
| Créer une SAS | Expert-comptable | Bordeaux |
| Acheter un premier appartement | Notaire | Nantes |
| Faire une extension de maison | Architecte | Toulouse |
| Accompagner une levée de fonds | Avocat en droit des affaires | Paris |
| Obtenir un prêt immobilier | Courtier en crédit | Rennes |
| Refondre l'image d'une PME | Agence de communication | Lille |
| Vendre un appartement | Agence immobilière | Montpellier |
Six de ces métiers sont réglementés, deux ne le sont pas. C'était le contrôle prévu au départ, et il n'a servi à rien : le résultat est identique des deux côtés. Ce qui sépare les réponses n'est pas le statut de la profession.
Chaque réponse est accompagnée de vingt sources, soit 160 URL. Nous les avons classées une par une en quatre familles : annuaires, comparateurs et classements ; sites de prestataires ; sites institutionnels ; réseaux sociaux. Puis, pour chaque nom recommandé par le moteur, nous avons relevé la source à laquelle il l'attribue. Le relevé complet coûte 0,10 dollar.
Les annuaires occupent la moitié des sources
Premier chiffre, sans surprise : 80 des 160 sources sont des annuaires, des comparateurs ou des classements. Exactement la moitié.
| Question | Annuaires | Sites de prestataires | Autres |
|---|---|---|---|
| Avocat, Lyon | 10 | 8 | 2 institutionnels |
| Expert-comptable, Bordeaux | 10 | 9 | 1 institutionnel |
| Notaire, Nantes | 12 | 7 | 1 institutionnel |
| Architecte, Toulouse | 8 | 12 | 0 |
| Avocat d'affaires, Paris | 8 | 12 | 0 |
| Courtier, Rennes | 8 | 12 | 0 |
| Agence de com, Lille | 7 | 10 | 3 pages LinkedIn |
| Agence immobilière, Montpellier | 17 | 3 | 0 |
La proportion va de 35 % à 85 % selon le marché. Sur les agences immobilières, elle est écrasante : dix-sept sources sur vingt sont des classements. Ce chiffre confirme ce que nous écrivions dans nos articles sur les sources tierces et le référencement local : la majorité des pages qu'un moteur consulte pour parler de vous ne vous appartient pas.
Sur ce point, l'argument commercial des annuaires tient. C'est la suite qui pose problème.
Un nom recommandé sur 33 vient d'un annuaire
Les huit réponses nomment 33 prestataires. Pour chacun, Perplexity indique la source qui justifie la recommandation. Voici d'où viennent ces 33 noms :
| Origine du nom recommandé | Nombre |
|---|---|
| Une page du domaine du prestataire lui-même | 28 |
| Le blog d'un concurrent | 3 |
| Une page LinkedIn | 1 |
| Un annuaire | 1 |
Les annuaires fournissent la moitié des sources et un nom sur 33, soit 3 %. Le seul cas est Meilleurtaux Rennes Centre, cité en quatrième position d'une liste de courtiers, à partir de sa note affichée sur Immofinex.
Il existe un second cas d'usage d'annuaire, différent et instructif. Sur la question toulousaine, l'agence Weissmuller est recommandée à partir de son propre site, puis le moteur ajoute qu'elle « apparaît aussi dans des listes locales » en citant Obat Travaux. L'annuaire ne fournit pas le nom : il le confirme. Nous avons vérifié la fiche, elle existe, et elle est vide de tout signal distinctif, sans avis ni photo.
Le même écart apparaît sur les prix. Sur la question bordelaise, le moteur reprend une fourchette de 100 à 250 euros par mois pour la tenue comptable, et de 800 à 1 500 euros pour une création de société, en citant trois annuaires. Les annuaires fournissent les faits du marché. Les noms viennent d'ailleurs.
Nous avions décrit cette distinction dans notre relevé sur les requêtes « alternative à » : être cité comme source et être recommandé comme solution sont deux choses différentes. Le relevé d'aujourd'hui la précise et la rend budgétaire. Une famille entière de sources, celle qui absorbe l'essentiel des budgets de visibilité des professions de service en France, se tient presque entièrement du côté « source ».
Le cas Justifit : 29 avocats nommés, aucun repris
Il fallait éliminer l'explication la plus simple, celle du contenu manquant. Nous avons donc récupéré la page Justifit citée sur la question lyonnaise, justifit.fr/trouver/avocats/lyon/droit-du-travail/, et regardé ce qu'un robot y trouve.
Elle répond en HTML complet, sans exécution JavaScript, ce qui écarte d'emblée le problème de rendu. Sa liste principale, déclarée en données structurées, compte 25 entrées, et une seconde liste en ajoute quatre : 29 avocats et cabinets nommés, tous inscrits au barreau de Lyon. Pour chacun la page donne l'arrondissement, l'ancienneté, une fourchette d'honoraires, la note client, l'acceptation ou non de l'aide juridictionnelle, une liste de compétences et un résumé de trois lignes. Le mot « licenciement » y figure 42 fois. Son titre est « Avocat Droit du travail Lyon ».
C'est, objectivement, une meilleure réponse à la question posée que n'importe quel site de cabinet pris isolément. Perplexity l'a lue, l'a citée en source, et n'en a tiré aucun nom. Les deux avocats qu'il recommande viennent de leurs propres sites, dont l'un est un site personnel d'une trentaine de kilo-octets.
L'explication que nous en tirons est une interprétation, pas une mesure : une page d'annuaire décrit N candidats interchangeables, avec la même structure et le même niveau de preuve pour chacun. Elle ne contient donc aucun signal permettant de trancher entre eux. Une page de cabinet contient exactement un candidat, et la totalité de la page plaide pour lui. Pour un modèle qui doit produire un nom et une justification, la seconde est utilisable et la première ne l'est pas.
C'est la même mécanique que celle décrite dans notre article sur la substituabilité des contenus, appliquée non plus à des textes mais à des entités.
Le contre-exemple de Montpellier : le classement était écrit par le gagnant
Une réponse sur huit contredit tout ce qui précède, et c'est la plus intéressante.
Sur la question immobilière montpelliéraine, dix-sept des vingt sources sont des annuaires, et l'intégralité des noms recommandés vient d'une seule page : eurogestrim-immo.fr/blog/classement-agence-immobiliere-montpellier/, intitulée « Meilleures agences immobilières à Montpellier : le classement 2025 ».
Cette page est hébergée sur le site de Century 21 Eurogestrim, une agence immobilière montpelliéraine. Elle annonce avoir analysé les 182 agences de la ville. Elle contient un tableau de classement où Century 21 Eurogestrim Clemenceau occupe le rang 1, et Century 21 Eurogestrim Ovalie le rang 3. Elle comporte une section « Pourquoi choisir Century 21 Eurogestrim à Montpellier ? ».
Perplexity recommande Century 21 Eurogestrim Clemenceau en premier choix, en citant ce classement. Puis il propose comme alternatives Era Languedoc Immobilier, Human Port Marianne et Laforêt Port Marianne, c'est-à-dire les rangs 2, 7 et 5 du même tableau, avec les notes Google reprises au chiffre près : 4,7 sur 5 pour 276 avis, 4,9 pour 266 avis. Nous avons vérifié le tableau ligne à ligne : les valeurs correspondent exactement.
Trois lectures, dans l'ordre d'utilité.
D'abord, l'annuaire n'est pas un type de site, c'est un format. Quatorze annuaires distincts étaient disponibles sur cette question, dont Pages Jaunes, Meilleurs Agents et RealAdvisor. Le moteur a préféré le classement d'un praticien.
Ensuite, ce format est ouvert. Publier le classement de son propre marché n'exige aucune autorisation et coûte le temps de le construire. C'est le prolongement direct de ce que nous avions observé sur les pages « alternative à » publiées par des concurrents.
Enfin, cette page a fait gagner trois recommandations à des concurrents directs de son auteur. C'est le prix du format : un classement crédible en nomme d'autres que soi, et le moteur les reprend tous.
Ce qui n'explique pas la différence
Nous avions une hypothèse plausible : le prestataire recommandé serait celui dont le titre et le H1 énoncent la tâche exacte du client, « extension », « licenciement », « levée de fonds ». Les justifications du moteur y invitaient, puisqu'elles citent presque toujours la formulation de la page.
Nous l'avons testée sur les six premières questions. Sur les 58 pages de prestataires citées, 54 répondent en direct. La règle de comptage, à préciser puisqu'elle décide du résultat : nous considérons la tâche présente si le titre ou l'un des H1 contient l'un des mots de la question, accents et casse ignorés, par exemple « licenciement » ou « prud » pour Lyon, « extension », « agrandissement » ou « surélévation » pour Toulouse.
Résultat : la tâche figure dans le titre ou le H1 de 12 des 25 pages recommandées, et de 10 des 29 pages non recommandées. Quarante-huit pour cent contre trente-quatre : l'écart va dans le sens attendu, mais il est trop faible pour tenir sur cet effectif, et un jeu de mots-clés un peu différent le fait disparaître.
L'hypothèse est donc écartée. Un titre qui reprend la tâche du client reste une bonne pratique de rédaction, ce relevé ne permet pas d'en faire un facteur de recommandation.
Deux facteurs qui, eux, se voient
Deux écarts survivent au comptage.
La place dans la liste de sources. Les pages de prestataires que le moteur utilise pour nommer quelqu'un se trouvent à la position médiane 7 de la liste des vingt sources. Celles qu'il n'utilise pas se trouvent à la position 13. L'ordre des annotations reflète le classement de pertinence de Perplexity, et être cité en fin de liste équivaut à peu près à ne pas être cité. Ce n'est pas un levier direct, c'est un indicateur : si vos pages arrivent systématiquement en bas de la liste, le problème est en amont de leur rédaction.
Le nombre de pages fournies par le même domaine. Sur les 28 domaines de prestataires recommandés, 6 fournissent au moins deux pages à la même réponse. Sur les 38 domaines cités mais non recommandés, un seul. Fieloux Avocats est cité deux fois sur la question parisienne, avec sa page « levée de fonds » et sa page « due diligence », et le moteur construit sa justification en combinant les deux. L'office de Me de Latour est cité deux fois à Nantes, page d'accueil et page « droit immobilier ».
Ce second point est le plus actionnable du relevé. Une seule page qui traite le sujet vous rend citable. Deux pages du même domaine qui le traitent sous deux angles vous rendent recommandable, parce qu'elles permettent au moteur d'écrire deux phrases sur vous au lieu d'une. C'est la logique de couverture par passages appliquée à l'échelle du domaine.
Ce que ça change pour un budget annuaire
Trois conséquences, en gardant le périmètre du relevé en tête.
Ne pas résilier. Un annuaire fait la moitié des sources d'une réponse. Il alimente ce que le moteur sait de votre marché, de vos prix et de votre existence, et il continue de produire des contacts par la recherche classique. Le supprimer ne transfère rien vers vos pages.
Cesser de l'acheter comme un levier de recommandation. Si le devis promet de la visibilité dans les réponses IA, il promet la case à 3 %. La fiche annuaire est un travail d'exactitude, adresse, catégorie, tarifs, périmètre, à faire une fois et à maintenir. Ce n'est pas un investissement d'acquisition.
Déplacer l'effort vers les pages qui portent un nom. Sur les 33 recommandations relevées, 28 viennent d'une page dont le sujet est une entreprise unique, 3 d'un classement rédigé par un praticien du marché, une d'une page LinkedIn et une d'un annuaire. Les deux premiers formats font donc 31 noms sur 33. Le premier est votre site. Le second est à écrire, en sachant qu'il servira aussi vos concurrents.
Les limites de ce relevé
Il porte sur un moteur, Perplexity, un jour donné, huit questions et 160 sources. Un même prompt posé demain ne renverra pas les mêmes vingt URL, et ChatGPT ne cite pas les mêmes sources : nos relevés précédents montrent qu'il privilégie les éditeurs là où Perplexity privilégie les comparateurs. Il est possible qu'un moteur adossé à un index différent utilise davantage les annuaires, et nous ne l'avons pas testé ici.
Deux annuaires cités, RealAdvisor et Meilleurs Agents, refusent une requête ordinaire et renvoient une erreur 403. Nous n'avons donc pas pu vérifier leur contenu, et rien n'indique qu'ils bloquent les robots des moteurs génératifs, qui disposent de leurs propres accès. Ce point reste ouvert.
Enfin, le rapport « une source sur deux, un nom sur 33 » est un rapport observé, pas une loi. Ce qui est stable, parce que vrai sur huit marchés sans exception, c'est le sens de l'écart : aucune question ne donne un annuaire majoritaire dans les noms recommandés, y compris celle où les annuaires font 85 % des sources.
Ce qu'il faut retenir
Les annuaires et les comparateurs sont lus. Ils fournissent la moitié de ce qu'un moteur consulte avant de répondre, et la totalité des chiffres de marché qu'il cite. Ils ne fournissent presque aucun nom.
La raison tient en une phrase : une page qui présente vingt candidats à égalité n'aide pas un modèle à en choisir un. Une page qui n'en présente qu'un l'aide, même si elle est modeste. Et un classement de marché aide encore plus, y compris quand c'est un concurrent qui l'a écrit.
Si vous voulez savoir quelles sources sont citées à votre place sur vos propres questions d'achat, c'est l'objet d'un audit GEO, dont le relevé porte sur ChatGPT, Perplexity, Gemini et les AI Overviews de Google, et dont le panel de questions se construit avec vous au cadrage. Le suivi de visibilité IA prend ensuite le relais pour voir bouger cette liste dans le temps, et nous publions les fourchettes de prix des deux prestations.