Copilot est l'assistant de Microsoft : une application, un site, un panneau latéral dans Edge, un bouton dans Word, Excel, Outlook et Teams. C'est le moteur génératif que le marché français traite le plus souvent en note de bas de page, au motif que Bing ne pèse presque rien dans la recherche en France. L'argument est vrai sur la recherche et hors sujet sur l'assistant.

Il masque surtout un fait que peu d'agences relèvent : Microsoft est le seul éditeur de moteur génératif à vous montrer vos propres citations. Depuis le 10 février 2026, Bing Webmaster Tools comporte un rapport qui affiche combien de fois vos pages ont été citées dans les réponses de Copilot, lesquelles, et avec quelles requêtes. Google ne le fait pas pour Gemini. OpenAI ne le fait pas du tout. La donnée est gratuite, elle est de première main, et elle dort dans une console que la plupart des sites français n'ont jamais réclamée.

L'argument « Bing ne pèse rien en France » ne dit rien de Copilot

Commençons par lui donner raison. En juillet 2026, Statcounter situe la part de Bing dans la recherche en France à 5,25 %, contre 88,84 % pour Google. Sur le moteur de recherche, la hiérarchie est sans ambiguïté.

Trois éléments déplacent le raisonnement dès qu'on parle de l'assistant.

  • L'audience de Copilot n'est pas celle de bing.com. Microsoft ne recrute pas ses utilisateurs par la barre de recherche, il les livre avec la suite bureautique. Le 29 juillet 2026, en publiant ses résultats du quatrième trimestre de son exercice 2026, Microsoft a annoncé que Microsoft 365 Copilot dépassait 30 millions de licences payantes, après en avoir ajouté 10 millions sur le seul trimestre. Ce sont des postes de travail en entreprise, pas des internautes qui ont changé de moteur.
  • L'index de Bing sert au-delà de Bing. Yahoo et DuckDuckGo s'appuient sur lui pour leurs résultats web. En cumulant les parts de juillet 2026 relevées par Statcounter, l'index de Microsoft se retrouve derrière environ 8,4 % des recherches faites en France, une addition qui reste un ordre de grandeur et non une mesure.
  • Le contexte d'usage est celui de vos acheteurs B2B. Un responsable achats qui compare trois prestataires depuis Teams ou Outlook interroge Copilot parce qu'il est déjà ouvert, pas par préférence. Sur un cycle de vente long, cette requête vaut plus qu'une recherche grand public.

À l'inverse, ne renversons pas l'argument : Microsoft communique des licences vendues, pas une audience française mesurée. Personne ne peut aujourd'hui chiffrer le nombre de questions posées à Copilot en France, et nous ne le ferons pas.

Ce que Microsoft publie, et que les autres ne publient pas

Le rapport s'appelle AI Performance. Il est entré en préversion publique le 10 février 2026, et Microsoft en décrit le périmètre sans détour : il couvre « Microsoft Copilot, les résumés générés par l'IA dans Bing, et une sélection d'intégrations partenaires ».

Deux métriques en forment le socle.

  • Les citations : le « nombre total de citations affichées comme sources dans les réponses générées par l'IA » sur la période choisie. Microsoft précise que ce compte n'indique « ni classement, ni autorité, ni le rôle d'une page dans une réponse donnée ».
  • Les requêtes d'ancrage (grounding queries) : les « phrases clés utilisées par l'IA pour récupérer le contenu référencé dans les réponses ». Ce ne sont donc pas les questions de l'utilisateur, mais les recherches que le modèle fabrique pour aller chercher de la matière. La nuance est capitale, nous y revenons plus bas.

Le 16 juin 2026, Microsoft a élargi le rapport avec quatre ajouts : une classification des requêtes par intention en sept étiquettes (informationnelle, commerciale, navigationnelle, Learn and Solve, recherche, création, locale), un regroupement thématique, une part de citations par requête, et une comparaison entre deux périodes.

Ce que cela change, une fois posé à côté des autres moteurs :

Moteur Données de citation fournies par l'éditeur Granularité
Copilot et résumés IA de Bing Bing Webmaster Tools, rapport AI Performance citations, pages citées, requêtes d'ancrage, intentions, part de citations
AI Overviews et AI Mode de Google Search Console, rapport génératif ouvert en juin 2026 impressions, pages, pays, appareils, les deux surfaces confondues, ni clic ni requête
Application Gemini aucune sans objet
ChatGPT aucune sans objet
Perplexity aucune sans objet

Un détail mérite d'être relevé par une agence GEO : dans son propre billet d'annonce, Microsoft écrit que cette sortie est « une première étape vers un outillage de Generative Engine Optimization (GEO) dans Bing Webmaster Tools ». C'est, à notre connaissance, le premier moteur de recherche à employer le terme dans la documentation de son produit. La discipline que nous décrivons sur notre page Generative Engine Optimization cesse d'être un vocabulaire d'agences le jour où un éditeur l'inscrit dans une console.

Les limites, avant de bâtir un tableau de bord dessus

C'est la partie que les guides publiés depuis février omettent le plus souvent, et elle décide de l'usage qu'on peut faire de ces chiffres.

  • Les données sont échantillonnées. Microsoft l'écrit : « les données affichées représentent un échantillon de l'activité de citation globale ». Un compte de citations n'est donc pas un dénombrement, et une variation de 15 % d'un mois sur l'autre ne prouve rien.
  • Les surfaces sont agrégées. Copilot, les résumés IA de Bing et les intégrations partenaires arrivent dans le même total, sans possibilité de les séparer. C'est exactement le défaut que nous avons documenté côté Google, où la Search Console range l'AI Mode et les AI Overviews dans le même type de recherche, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'AI Mode de Google. Les deux consoles ont le même angle mort, pour la même raison commerciale.
  • Aucune donnée de trafic, aucun classement. Le rapport dit que vous avez été cité, pas ce que cela vous a rapporté. La part de citations est présentée comme « une métrique d'observation, pas un système de classement », et Microsoft ajoute qu'elle « n'expose pas les domaines concurrents, ne représente pas une part de trafic et n'attribue aucun score de qualité ».
  • Aucune API documentée. Le billet d'annonce n'en mentionne aucune, et rien n'a été publié depuis : la lecture se fait dans l'interface, l'export aussi. Pour un suivi mensuel sur un site, c'est tenable. Pour un portefeuille de clients, cela reste un relevé manuel.
  • C'est une préversion. Microsoft annonce qu'il continuera « à affiner cette métrique », et prévient que les étiquettes d'intention « peuvent rester larges, en particulier pour les domaines très spécialisés ». Sur un marché de niche français, attendez-vous à des classements approximatifs.

Notre lecture : ce rapport est excellent comme détecteur de sujets et comme preuve de passage, médiocre comme indicateur de performance. Il rejoint la boîte à outils que nous avons cartographiée dans notre article sur la mesure de la visibilité IA, du côté des sources qui montrent une direction sans donner un niveau.

Lire les requêtes d'ancrage comme un détecteur de sujets

C'est l'usage qui nous paraît le plus rentable, et il tient à la définition même de la métrique.

Une requête d'ancrage n'est pas ce que votre client a tapé. C'est ce que le modèle a cherché après avoir lu la question. Quand Copilot reformule « quelle agence peut m'aider à être cité par les IA » en une recherche interne, il vous montre la façon dont il a découpé le problème, et donc les pages qu'il jugeait pertinentes d'aller chercher. Vous obtenez la médiation, pas la demande.

Deux conséquences pratiques.

  • Ce sont des sujets d'articles, pas des mots-clés. Une requête d'ancrage ne se travaille pas comme une expression à positionner : personne ne la tape. Elle indique quelle formulation du besoin le modèle reconnaît, ce qui est une information de plan éditorial.
  • Les écarts sont plus parlants que les volumes. Une requête d'ancrage sur laquelle vous êtes cité alors que vous n'avez pas de page dédiée signale une page qui répond par accident, donc un contenu à écrire. L'inverse, une page soignée que le rapport ne cite jamais, signale un problème de récupération et non de rédaction.

Nous appliquons cette méthode à notre propre site sur les données de la Search Console, et c'est ce qui nous a fait écrire l'article que vous lisez : les requêtes conversationnelles nommant un moteur précis y apparaissent avant que le volume de recherche classique n'existe. Le rapport de Microsoft rend le même service, sur un moteur où Google ne voit rien.

Le seul index générateur sur lequel vous pouvez pousser

Voici la deuxième particularité de Copilot, et elle est technique.

Copilot ancre ses réponses dans l'index de Bing. Cet index accepte des soumissions directes, par le protocole IndexNow : vous notifiez une URL modifiée, le moteur vient la revoir sans attendre son prochain passage. Sur les autres moteurs génératifs, il n'existe rien d'équivalent. Chez Google, l'ancrage puise dans l'index de Googlebot, dont la fraîcheur ne se commande pas, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur le référencement Gemini. Chez OpenAI et Perplexity, vous attendez le crawl.

Les ordres de grandeur publiés par Microsoft, dans un bilan daté du 12 décembre 2024, situent l'adoption : plus de 3,5 milliards d'URL soumises par jour, et 18 % de toutes les nouvelles URL cliquées dans les résultats de recherche web provenant de soumissions IndexNow. Des chiffres plus élevés circulent pour 2025 et 2026 sur des blogs d'agences ; nous ne les reprenons pas, faute d'avoir retrouvé la publication de Microsoft qui les porterait.

Le protocole est consommé par Bing, Yandex, Naver et Seznam. Google l'a testé à partir d'octobre 2021 et ne l'a jamais adopté : une soumission n'a aucun effet sur l'indexation Google. C'est la raison pour laquelle IndexNow est souvent présenté comme un gadget dans les audits SEO français, où Google est le seul enjeu. Sur Copilot, l'arbitrage s'inverse, puisque la fraîcheur de l'index conditionne ce que le modèle trouvera au moment de répondre.

Un point d'honnêteté : IndexNow accélère la découverte, il ne force ni l'indexation, ni la citation. Une page soumise mais jugée inutile restera hors index, et une page indexée peut n'être jamais citée.

Ce que Microsoft dit aux éditeurs, et où il diverge de Google

Dans le même billet de février 2026, Microsoft joint une liste de recommandations aux éditeurs dont les pages sont citées. Elle mérite d'être lue pour ce qu'elle est : la deuxième consigne officielle existante sur un moteur génératif, après celle de Google.

Microsoft recommande d'approfondir l'expertise sur les sujets où vous êtes déjà cité, d'améliorer la structure par des titres, des tableaux et des sections de questions-réponses, d'étayer les affirmations par des preuves, de maintenir le contenu à jour, d'utiliser IndexNow pour les mises à jour, et de réclamer sa fiche Bing Places pour les établissements locaux.

Deux remarques.

La première : la recommandation sur les sections de questions-réponses illustre une divergence réelle entre les deux éditeurs. Google a retiré l'affichage des résultats enrichis FAQ, ce qui a conduit une partie du marché à démonter ses balisages, alors que Microsoft continue de citer ce format comme un facteur de lisibilité. Nous avons traité cette contradiction, et la position de Bing sur le balisage en général, dans notre article sur les données structurées. La conclusion opérationnelle n'a pas changé : c'est la structure de la page qui compte, pas le balisage qui la décore.

La seconde : la mention de Bing Places n'est pas anecdotique pour une entreprise à établissements. C'est la base locale propre à l'écosystème Microsoft, distincte de Google Business Profile, et son absence produit des réponses fausses ou vides chez Copilot. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur le référencement local et l'IA.

Un seul robot, un seul point de rupture

Côté technique, Copilot est le moteur le plus simple à casser et le plus simple à vérifier.

L'accès passe par bingbot. Microsoft documente le crawler, publie ses plages d'adresses IP vérifiables, et n'expose aucun agent distinct pour Copilot : le même robot alimente la recherche et l'ancrage de l'assistant. Un Disallow sur bingbot, une règle de pare-feu applicatif un peu large, ou un module anti-bot posé par un hébergeur suffisent donc à vous retirer de Copilot en même temps que de Bing.

C'est une bonne nouvelle par rapport à Gemini, où le contrôle éditeur ne laisse aucune trace dans les journaux : ici, le passage de bingbot se lit dans vos logs, et l'outil d'inspection d'URL de Bing Webmaster Tools vous dit page par page où vous en êtes. La contrepartie est qu'il n'existe aucun réglage intermédiaire : vous ne pouvez pas rester dans la recherche Bing en sortant des réponses de Copilot. Les trois familles de robots d'IA et ce que coûte le blocage de chacune sont détaillées dans notre article sur les crawlers IA et le robots.txt.

Cinq chantiers, dans cet ordre

  • Réclamez votre site dans Bing Webmaster Tools et ouvrez le rapport AI Performance. Une demi-heure, gratuit, et vous détenez la seule donnée de citation de première main qui existe sur un moteur génératif. Faire cela avant d'acheter un outil de suivi relève du bon sens ; nous comparons ces plateformes et leurs limites d'échantillonnage dans notre tour d'horizon des outils GEO, et aucune ne vous donnera cette donnée-là.
  • Vérifiez que bingbot passe. Le robots.txt, mais aussi les règles du CDN et du pare-feu applicatif, où se cachent la plupart des blocages involontaires. Puis contrôlez deux ou trois URL importantes avec l'inspection d'URL.
  • Branchez IndexNow. La plupart des CMS le font via une extension, sinon c'est une requête HTTP à la publication. L'effet porte sur la fraîcheur, donc sur ce que Copilot trouvera de vous cette semaine plutôt que le mois prochain.
  • Dépouillez les requêtes d'ancrage tous les mois, comme un plan éditorial. Cherchez les formulations que vous ne couvrez pas et les pages citées par accident. C'est là que le rapport rend le plus.
  • Ne transposez pas votre suivi Google. Les citations gagnées sur les surfaces de Google ne se transportent pas d'un moteur à l'autre, et un tableau de bord bâti sur la Search Console ne dit rien de Copilot. La comparaison des logiques moteur par moteur est l'objet de notre page agence SEO et GEO.

Ce qu'il ne faut pas en conclure

Copilot ne se réduit pas à du SEO Bing. L'index de Bing est la condition d'entrée, pas le critère de choix : être bien classé sur Bing ne vous fait pas citer par Copilot, exactement comme un top 10 Google ne suffit pas à figurer dans l'AI Mode. Les études qui circulent sur le recoupement entre citations de Copilot et résultats organiques de Bing viennent presque toutes d'éditeurs d'outils, avec des méthodes non publiées et des résultats contradictoires : nous préférons ne pas trancher plutôt que de citer un pourcentage que nous ne pouvons pas vérifier.

Le rapport ne règle pas non plus la question de la mesure. Il est échantillonné, agrégé sur trois surfaces, sans trafic ni classement, et en préversion. Il complète un dispositif, il ne le remplace pas.

Enfin, cette donnée ne se lit pas partout de la même façon. Sur les tissus industriels et technologiques où Microsoft 365 est le standard, Copilot est souvent le premier moteur interrogé par un acheteur professionnel : c'est le raisonnement que nous appliquons sur des marchés comme Lyon, avec ses éditeurs de logiciels et son industrie, Marseille, où la logistique et l'énergie décident sur appels d'offres, ou Strasbourg, dont les acheteurs allemands interrogent leurs assistants dans une langue et un écosystème où la part de Bing n'a rien à voir avec la moyenne française. Sur un commerce grand public, la même console vous montrera bien peu de choses.

Si vous voulez savoir ce que Copilot répond aujourd'hui sur votre marché, et ce que le rapport de Microsoft dit déjà de vos pages sans que vous l'ayez ouvert, c'est le point de départ d'un audit GEO. Nos fourchettes de prix situent l'effort à prévoir, et notre page agence de référencement IA détaille la façon dont nous suivons ces surfaces mois après mois.