Une entreprise française qui travaille sa visibilité dans les assistants le fait presque toujours en français. C'est logique : son marché est français, ses clients écrivent en français, et les questions qu'elle teste sont celles qu'elle s'entend poser au téléphone.

Il manque une hypothèse à ce raisonnement. Une partie des gens qui cherchent un fournisseur français ne cherchent pas en français. Un acheteur allemand qui doit équiper sa filiale parisienne, un fondateur américain qui ouvre une entité en France, un groupe britannique qui compare des prestataires sur le marché français : tous posent leur question en anglais, à propos de la France. La question intéresse aussi, en miroir, toute marque française qui vise l'export.

Personne ne sait, en France, ce que cela change. Nous l'avons mesuré.

Le relevé : dix questions posées deux fois, en français et en anglais

Nous avons construit dix questions d'achat portant toutes sur le marché français : logiciel de paie pour une PME, banque professionnelle pour une startup, CRM pour une PME, hébergeur cloud pour données sensibles, logiciel de caisse pour un restaurant, mutuelle d'entreprise, outil de facturation pour un indépendant, cabinet de recrutement de développeurs, prestataire de titres-restaurant, marque de pompe à chaleur.

Chaque question a été posée deux fois à Perplexity, dans sa version française puis dans une version anglaise de sens équivalent, la mention de la France étant conservée dans les deux. « Quel CRM choisir pour une PME française ? » et « Which CRM should a French SME choose? ». Les vingt appels tiennent dans une fenêtre de cinq minutes, entre 06 h 08 et 06 h 13 UTC le 15 septembre 2026, par l'API de DataForSEO, modèle sonar-pro, recherche web activée. Coût total : 0,2861 dollar.

Les vingt réponses ont cité 396 sources, 198 de chaque côté. Chaque URL a été normalisée de la même façon des deux côtés, et chaque source classée par nom d'hôte exact, jamais par recherche d'une sous-chaîne dans l'URL : illizeo.com/en/blog-articles/payroll-software-france-silae-payfit-sage-cegid-adp/ contient le nom de PayFit dans son chemin et n'appartient évidemment pas à PayFit. Nous avons relevé séparément, pour chaque réponse, les URL citées et les noms recommandés dans le texte, qui sont deux choses différentes et qui ne varient pas ensemble.

Vingt-neuf sources sur 198 survivent au changement de langue

Le résultat d'ensemble tient en un chiffre. Sur les 198 URL citées en français et les 198 citées en anglais, 29 sont identiques, soit moins d'une sur six. Aucune de ces 29 n'est commune à deux questions différentes : chacune est bien réutilisée sur la question où elle était déjà là.

Au niveau du site plutôt que de la page, l'écart se resserre à peine : 149 hôtes distincts côté français, 147 côté anglais, 37 en commun, 259 en tout. Autrement dit, changer la langue de la question renouvelle environ six sites cités sur sept.

Cette moyenne cache une structure très nette, et c'est elle qui est utile :

Question Sources FR Sources EN URL identiques Hôtes communs
Pompe à chaleur 20 20 8 9
Logiciel de paie PME 20 20 7 7
CRM PME 20 20 7 7
Recrutement de développeurs 20 20 3 4
Caisse restaurant 20 20 1 1
Mutuelle d'entreprise 20 20 1 3
Facturation indépendant 19 20 1 1
Titres-restaurant 20 20 1 1
Banque pro startup 19 20 0 0
Cloud données sensibles 20 18 0 2

Trois questions portent 22 des 29 recouvrements. Les sept autres s'en partagent sept : trois pour le recrutement de développeurs, une pour quatre d'entre elles, et aucune pour les deux dernières. Sur la banque professionnelle, le cas est parfaitement net : dix-sept hôtes français, dix-neuf hôtes anglais, aucun des deux côtés à la fois. Deux corpus disjoints pour une même question de marché.

Ce n'est pas un classement différent, c'est un autre étage d'éditeurs

Le plus intéressant n'est pas le taux de renouvellement, c'est la nature de ce qui arrive à la place.

Le corpus français est fait de comparateurs français : culture-rh.com, tool-advisor.fr, digitiz.fr, independant.io, selectra.info, lesfurets.com, leguichetpro.com. Sur les 198 URL françaises, 108 sont sur un domaine en .fr, portés par 78 hôtes distincts.

Le corpus anglais est fait d'autre chose. Sur la question du logiciel de caisse, le moteur bascule sur la couche des annuaires logiciels internationaux : g2.com, capterra.fr, getapp.fr, spotsaas.com, techimply.com, saasadviser.co. Aucun de ces six n'apparaît dans la réponse française de la même question. Sur la banque professionnelle et sur la mutuelle d'entreprise, c'est la couche expatriée et internationale qui prend toute la place : expatica.com, how-to-france.com, bankforfounders.com, frenchentree.com, pacificprime.com, kompass.com, un fil r/Expats_In_France sur Reddit. Sur le cloud souverain, la réponse anglaise s'appuie sur Reuters, Euronews, la documentation d'ANSSI en anglais et le blog Azure, là où la réponse française s'appuie sur la CNIL, francenum.gouv.fr et des hébergeurs français.

Dans le corpus anglais, 56 URL sur 198 seulement sont sur un domaine en .fr, soit à peu près la moitié de la proportion française. Le dossier n'a pas été traduit, il a été constitué ailleurs, par des éditeurs qui ont choisi de décrire le marché français à un lectorat qui ne le connaît pas.

Les noms recommandés changent avec les sources

Un corpus différent pourrait mener aux mêmes conclusions. Ce n'est pas ce qui se passe.

Sur la facturation pour indépendant, Abby fournit quatre des dix-neuf sources françaises depuis son propre domaine et ouvre la liste des recommandations françaises. Dans la réponse anglaise, Abby ne fournit aucune source et n'est plus recommandé du tout. À sa place apparaît Pennylane, qui ne fournit aucune source dans aucun des deux corpus et qui est pourtant recommandé en anglais. La distinction entre être cité comme source et être recommandé comme solution, que nous avions établie sur les requêtes d'éviction, se vérifie ici dans les deux sens à la fois.

Sur la banque professionnelle, la réponse française recommande Qonto, Shine, Indy, Revolut Business, Wise Business et Hello bank! Pro ; la réponse anglaise recommande Qonto, Shine, Wise Business, BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale et le Crédit Mutuel. Trois noms tiennent des deux côtés, et ce sont les trois premiers. C'est la queue de liste qui bascule : des néobanques et des outils d'indépendant en français, les quatre grands réseaux de guichet en anglais, ceux que l'acheteur étranger reconnaît.

Sur les dix questions, le nombre de noms recommandés des deux côtés va de zéro à six. Il n'y a pas de règle simple : le recouvrement des recommandations ne suit pas celui des sources. Sur la mutuelle d'entreprise, une seule URL est commune aux deux corpus et pourtant six noms recommandés le sont aussi.

Le cabinet qui prend la première place en traversant sa propre traduction

Le cas le plus démonstratif est celui du recrutement de développeurs.

En français, le moteur recommande cinq cabinets : Silkhom, Seyos, Licorne Society, Talents IT et Bureau des Talents. Bluecoders n'est pas dans cette liste. Il y figure seulement comme source, pour une page de classement qu'il publie lui-même, bluecoders.com/blog/meilleurs-cabinets-recrutement-tech-france.

En anglais, Bluecoders est la première recommandation, et le moteur cite trois de ses pages au lieu d'une. Ces trois pages sont ses versions anglaises. Des cinq cabinets recommandés en français, aucun n'est recommandé en anglais ; un seul nom traverse les deux réponses, Hays, mentionné en français parmi les cabinets jugés « plus généralistes » et recommandé en anglais.

Bluecoders n'a pas gagné en notoriété entre deux questions posées à une minute d'écart. Il a simplement une page anglaise sur un sujet où presque personne n'en a une, et cette page suffit à le faire passer du statut de source à celui de recommandation.

Trois paires de pages, le même contenu, un préfixe de langue

Ce mécanisme se vérifie page par page. Nous avons ouvert en direct, le jour du relevé, les paires d'URL où le même hôte apparaît dans les deux corpus à des adresses différentes. Trois paires sont des traductions du même article, et les trois répondent 200 :

Page française Page anglaise
bluecoders.com/blog/meilleurs-cabinets-recrutement-tech-france bluecoders.com/en/blog/meilleurs-cabinets-recrutement-tech-france
wemet.fr/blog/crm-pme-comparatif wemet.fr/en/blog/crm-pme-comparatif
avis-services.fr/blog/meilleure-mutuelle-entreprise/ avis-services.fr/en/blog/best-business-health-insurance/

Les deux premières partagent le slug à l'identique : seul le segment /en/ change. Le titre, lui, est bien traduit, de « Les Meilleurs Cabinets de Recrutement Tech en France (2026) » à « The Best Tech Recruitment Firms in France (2026) ».

À l'échelle du corpus, 54 des 198 URL anglaises portent un marqueur de langue explicite dans leur adresse, un segment /en/, un sous-domaine en. ou un paramètre ?lang=en. Aucune des 198 URL françaises n'en porte. Et 21 de ces 54 sont sur un domaine en .fr : des éditeurs français qui ont traduit leurs pages et que le moteur retrouve en anglais. Ce chiffre de 54 est un plancher et non un décompte : une page rédigée en anglais dont l'URL ne le signale pas, comme spotsaas.com/category/payroll-software/france, n'y est pas comptée.

Une nuance à ne pas escamoter : la traduction n'est pas le seul chemin. Sur la question de la paie, la réponse anglaise cite deux pages de PayFit, et ce sont ses pages /fr/. Le moteur lit du français pour répondre en anglais quand il ne trouve pas mieux. La version anglaise augmente fortement vos chances d'entrer dans le corpus, elle n'en est pas la condition.

La pompe à chaleur, où presque rien ne bouge

Une question sur dix contredit le reste, et elle est instructive.

Sur « quelle marque de pompe à chaleur choisir pour une maison en France », huit des vingt URL sont identiques dans les deux langues, neuf hôtes sont communs, et cinq marques sont recommandées des deux côtés : Atlantic, Daikin, Mitsubishi Electric, Panasonic et Viessmann. Les deux réponses ouvrent même sur le même arbitrage, Atlantic pour le réseau de service, Daikin pour la performance.

L'explication la plus simple est qu'il n'existe presque pas de couche éditoriale anglophone sur ce marché. Faute de comparateurs anglais des marques de pompes à chaleur en France, le moteur retombe sur les comparateurs français, selectra.info, quelleenergie.fr, habitatpresto.com, laprimeenergie.fr, qu'il lit tels quels. Les deux questions à fort renouvellement, la banque professionnelle et le cloud souverain, sont à l'inverse des sujets sur lesquels la presse et les éditeurs anglophones produisent beaucoup.

Le renouvellement du corpus ne mesure donc pas une préférence du moteur pour l'anglais. Il mesure l'existence, ou non, d'une couche éditoriale anglophone sur votre marché. Là où elle existe, elle prend la place. Là où elle n'existe pas, vos pages françaises continuent de répondre.

Ce que ça change si vous vendez hors de France

Trois conséquences pratiques se déduisent directement du relevé.

Testez vos requêtes dans les deux langues avant de conclure quoi que ce soit sur votre visibilité. Un tableau de bord alimenté uniquement en français vous montre au mieux un sixième de ce que voit un acheteur anglophone. Sur huit de nos dix questions, il ne vous montrerait quasiment rien de son corpus.

Regardez qui occupe la couche anglophone de votre marché, avant de produire. Si ce sont des annuaires internationaux comme G2 ou Capterra, le travail est un travail de fiche et d'avis, pas un travail d'article ; c'est le raisonnement que nous développons sur les sources tierces et sur les annuaires et comparateurs. Si c'est la presse expatriée, c'est un travail de relations presse. Si personne ne l'occupe, comme sur la pompe à chaleur, la traduction d'une seule page comparative suffit peut-être à y prendre toute la place, et le cas Bluecoders montre ce que cela vaut.

Traduisez en priorité la page qui vous fait citer, pas votre page d'accueil. Les paires vérifiées sont des pages de fond, comparatifs et classements, pas des pages institutionnelles. Cela rejoint ce que nous avions mesuré sur la page que les moteurs citent : ce n'est presque jamais l'accueil.

Ce que la mesure ne tranche pas

Le relevé porte sur un moteur, dix questions, un instant. Perplexity n'est pas ChatGPT : nous avons montré ailleurs que deux moteurs interrogés sur les mêmes questions ne partagent aucune source, et rien ne dit que l'écart entre langues se comporte pareil chez l'un et chez l'autre. La volatilité des réponses impose la même prudence : une exécution unique par question ne permet pas de dire qu'une source absente est durablement absente, seulement qu'elle n'a pas été tirée ce matin-là.

Nos formulations anglaises sont des traductions de sens, pas des requêtes observées. Un acheteur réel écrirait peut-être « best payroll software France » plutôt qu'une phrase complète, et le corpus changerait encore.

Trois pages du corpus anglais n'ont pas pu être ouvertes en curl le jour du relevé : zendikt.com répond 402 Payment Required, g2.com et capterra.fr répondent 403. Un code d'erreur au navigateur ne prouve pas que le moteur a été bloqué, puisqu'il les cite. Il signale seulement que la couche qui décide de la réponse anglaise comprend des pages que le lecteur, lui, ne peut pas consulter.

Enfin, une corrélation n'est pas un mécanisme. Nous constatons que les éditeurs traduits sont cités en anglais ; nous ne démontrons pas que la traduction est la cause, faute d'avoir pu observer les mêmes sites avant et après leur mise en anglais.

Ce qu'il faut retenir

Sur dix questions portant toutes sur le marché français, posées à cinq minutes d'intervalle au même moteur, 29 sources sur 198 résistent au passage du français à l'anglais, et six sites cités sur sept sont renouvelés. Les noms recommandés changent avec eux, jusqu'au cas où un cabinet absent des recommandations françaises devient la première recommandation anglaise, grâce à trois pages qui sont la traduction des siennes.

La lecture opérationnelle tient en une phrase : votre visibilité dans les assistants est une propriété de la langue de la question, pas de votre marque. Si une part de vos acheteurs cherche en anglais, vous avez deux marchés de citation à travailler, et vous n'en mesurez probablement qu'un.

La manipulation est reproductible en une matinée sur vos propres requêtes : posez vos dix questions d'achat dans les deux langues, relevez les hôtes de chaque côté, et comptez ceux qui survivent. Si vous préférez partir d'un état des lieux complet, c'est ce que produit un audit GEO : vingt questions posées à quatre moteurs, avec les marques citées et les sources relevées, question par question. Nos fourchettes de prix sont publiques.